Trois beaux oiseaux du Paradis


Une petite joie : reprendre les comptes-rendus de voyage. Je n’ai, à vrai dire, jamais vraiment cessé d’en écrire, mais le récit que l’on fait pour son souvenir diffère tant de celui que l’on présente à un tiers… ! Dans le premier, on peut se permettre de jouer avec les sous-entendus, les évocations – l’un de mes jeux préférés, où l’on façonne sa propre constellation de renvois, de symboles, sorte d’univers parallèle et privé où l’on peut se permettre le luxe de choisir ou non des compagnons de route ; dans le second, il s’agit plus d’ouverture vers l’espace que dans le temps, de sentiments mis en forme de manière plus objective, ce que rend nécessaire le partage.
Je m’interroge beaucoup sur ce type de littérature et de poésie dans le monde contemporain, en partie sur la manière de les rédiger, mais aussi sur leur intérêt. Voyager est presque devenu une obligation sociale et hygiénique ; naissent d’absurdes compétitions sur qui aura voyagé le plus loin, le plus longtemps, le plus souvent, et je pense que beaucoup de Français en viennent à parfois mieux connaître les antipodes que leur propre région natale… ! Je trouve toujours amusant le regard teinté de pitié que me lancent certaines personnes quand, à leurs souvenirs de plongée dans l’océan Indien, je réponds par les oiseaux de la baie de Somme ou le Marais poitevin, comme si j’étais à plaindre d’avoir été si près, que cela n’était qu’un pis-aller dû à une quelconque contrainte ; on ne peut pas choisir de rester en France quand on peut visiter l’Indonésie au niveau de vie si favorable au touriste, et peu importe ce que cette pensée comporte d’effluves néo-coloniaux… ! (J’avais souri quand une collègue que j’aime bien, rentrant de Thaïlande, m’avait confié : il y a des coins qui ressemblent vachement au Berry, quand même.) Pour attirer l’attention d’une population de plus en plus blasée, l’écrivain voyageur se doit d’être plus original qu’un bête Nerval qui commande des moules d’Ostende à Pantin, repousser les frontières de l’exotisme, de la contrainte, de la bêtise, ou alors il lui faut un génie suffisamment extraordinaire pour transcender les lois de l’offre et de la demande. Et puis il y a les images… ! Pourquoi perdre son temps à lire ce que l’on peut voir ?
Si, voici plusieurs siècles ou même quelques décennies, le récit de voyage était la seule manière de profiter des paysages étrangers, et était donc abondamment consommé, aujourd’hui cette littérature est devenue une niche, sinon un snobisme – à moins que l’on y mêle un peu d’autofiction, le domaine de l’intime étant le seul qui sauve ce qui ne relève pas du roman. De manière générale, la vie littéraire est divisée entre la fiction et l’introspection la plus crue (Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi), laissant bien peu d’espace (ou trop ?) entre ces deux sphères. Bref, quelle est la légitimité d’un partage qui n’intéresse personne, cette (fausse ?) générosité n’est-elle pas une autre forme d’égocentrisme dans un monde où le café du commerce est à portée de clavier, autant de questions passionnantes et pour l’heure sans réponses.
— Je précise que je ne suis pas du tout contre l’usage de la photographie pour l’écrivain voyageur : si je regrette l’omniprésence de l’image, c’est en grande partie parce que ce n’est pas mon domaine de prédilection, tout comme un ébéniste regretterait que l’époque soit à l’acier. Nul n’est exempt de mauvaise foi quand on touche à ce qu’il aime. À vrai dire, je pense même qu’il y a de grandes possibilités poétiques dans les échos qui peuvent se créer entre une photographie et la pensée lyrique, pour qui a le talent et la persévérance nécessaires. Pour l’instant, mes quelques essais ne me laissent vraiment pas satisfaites, mais ce n’est pas le propos de ce billet.
Pour finir là-dessus, les récits de voyage de Bashō et ceux de Nerval sont sans doute pour moi la forme ultime du genre, avec ce mélange parfait de prose et de métrique (je vous conseille d’ailleurs, pour Bashō, les traductions et les commentaires d’Alain Walter,  aux éditions William Blake & Co). Mais n’est pas Bashō qui veut, et après cette trop longue ouverture digressive, voici donc un résumé de mes quelques jours dans la Marne, la semaine dernière.

*

La Marne à Châlons-en-Champagne.

Brève remise dans le contexte : depuis un peu plus d’un an j’essaie de visiter dès que j’ai l’occasion et les moyens divers coins de France, parce que ses paysages me fascinent, et que je rêve de la parcourir de bout en bout (outre-mer compris). J’ai commencé un carnet divisé par département où je colle des photos de ce que j’ai vu et de petits textes composés sur le tas, toujours dans la crainte terrible de finir avec un recueil d’élégies de style pompier absolument indigestes et détestables, mais enfin… Et puis, la commémoration du centenaire de l’armistice de la Grande Guerre approchant, j’ai pensé à la Marne. J’habite pour moitié juste à côté, à sa confluence avec la Seine, et je garde de très bons souvenirs de vacances passées à plusieurs reprises dans ses méandres sauvages, sans pour autant avoir jamais posé le pied dans le département qui porte son nom. En quelques jours, l’affaire était pliée.

J’essaie des trucs.


Pour le premier jour était prévue une arrivée à Reims en passant par la forêt de Compiègne et le Chemin des Dames. Le Chemin, ce fut quelque chose, surtout vers Craonne, village complètement détruit au fil des batailles, redessiné par les boulets de canon et les obus. Qui est sensible aux ambiances sentira ses tempes vibrer, mais c’est si peu de chose, à la mesure des événements du siècle écoulé. De toute manière, toute forme d’empathie logeant entre ces lignes restera une empathie de privilégiée. J’ai bien senti, tout le long de ces quatre jours, que j’étais une étrangère là où dormait la Douleur – mais faire de soi un pont est ce qui permet d’abreuver, d’un côté comme de l’autre.

Notre-Dame-de-Reims.

À Reims, j’ai raté mon coup pour découvrir la chapelle Foujita, arrivant pile le jour de fermeture (flâneuse plus que voyageuse, donc).  Tant pis, j’aurai pu visiter la cathédrale de tout mon soûl, et tremper des biscuits roses dans du champagne, accompagnés de haricots de Soissons en conserve. Les émotions creusent : eh quoi ! Il faut bien vivre !

Toile d’araignée intérieure (floue).

Toile d’araignée extérieure (nette). Il s’agit de la rosace de la façade nord.

Dans la cathédrale étaient exposés des clichés de Reims pris pendant la guerre, son centre-ville éventré, rasé par les bombardements ; j’appris que ses habitants avaient organisé leur vie dans les caves des producteurs de champagne, au point d’y installer, entre autres, leurs salles de classes.

Honneur et Patrie : hommage scolaire à la contre-attaque réussie du 23 juin 1915. Le 23 juin est un jour faste,  je l’ai toujours dit.

Façade ouest et couronnement de la Vierge.

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Massif de Saint-Thierry - Montagne de Reims - Épernay - Châlons

Vignes dans le massif de Saint-Thierry.

À l’ouest de Reims jusqu’à la bordure de l’Aisne sillonne une route touristique dans le massif et ses vignobles, qui étaient vraiment charmants dans leurs couleurs d’automne. Les vallons s’embrumaient sous une fine pluie, les corbeaux s’envolaient par dizaines dans les champs endormis, et, le long de la promenade, j’ai croisé le regard de quatre chats noirs… Le 31 du mois d’octobre, dites-vous ?
Mais oui, ces calmes paysages portaient vraiment un je-ne-sais-quoi de magique, comme une légère tension d’un sous-bois à l’autre, entre deux villages minuscules construits autour des grandes maisons des propriétaires vignerons. Et puis, ne croiser presque personne… !


D’Épernay, deux recommandations : la brasserie Le Bar parisien, et la cave Salvatori. Chez les premiers, on y mange bien, très bien (riez, mais j’y mangé ma meilleure soupe de légumes depuis bien longtemps dans un restaurant de ce type, le fait-maison change tout, et Paris est une arnaque), chez les seconds on se retrouve face à un passionné qui vous explique sans se faire prier toute la différence entre un vin blanc de blancs et blanc de noirs, sans pour autant vous prendre pour un parfait pigeon parce que vous vous n’y connaissez pas grand chose.

Détails de la Maison de la Lune, 1900, Henri Clouet.
Dans un village sur la route de Châlons-en-Champagne.


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Châlons-en-Champagne - Fronts de la Marne - Vitry-le-François


Bras de la Marne à Châlons.

À défaut de fêter les Saints, un jour avant celui des Morts, de cimetière militaire en cimetière militaire, sur des routes toutes droites entre deux zones interdites pour cause de mines et d’obus assoupis…
Peu de photos – à quoi bon ? Elles n’auraient pu retranscrire le silence. C’était, je crois, le plus marquant de cette journée : peu de paroles, mais des regards profonds. Même en croisant d’autres touristes du souvenir, partout la même réaction presque instinctive : une plaque explicative lue à voix haute pour le voisin, systématiquement suivie d’un « Eh ben… » et du silence : quoi d’autre, face au vertige ? Mais toujours, aussi, l’œillade vers le vivant que l’on croise, et le même brasier humide d’incompréhension, d’admiration, de honte parfois. À dix jours du centenaire, la fin du plus grand cercle temporel palpable à hauteur d’homme, j’aurai rarement vu autant de sincérité perler de mes semblables, autant de vulnérabilité émanant de nos cœurs absurdes, comme dirait l’amie Charlotte Skurzak.


« Oiseau vermeil du Paradis,
(Mon ami z’il est à la guerre)
Oiseau vermeil du Paradis,
Que portez-vous ainsi ?

“Un joli cœur tout cramoisi…
(Ton ami z’il est à la guerre)”
Ah ! je sens mon cœur qui froidit…
Emportez-le aussi. »



Puis, sur la route de Massiges, la Vierge aux abeilles. Érigée en 1865 après une épidémie de choléra, elle a perdu son socle après un bombardement en 1915, et a été déplacée dans le cimetière tout proche, où une balle la traversa sous le sein gauche… et les abeilles vinrent nicher dans son cœur. Quand, en 1930, la statue quitta le cimetière pour couronner le monument aux morts, les abeilles s’en allèrent.  Symbole, symbole.

« Vierge de Massiges, nous passions à ses pieds à chaque fois que nous changions de secteur, de l’Index à Ville sur Tourbe, de l’eau jusqu’au ventre. C’est dans ce coin maudit que j’ai eu les pieds gelés… » (H. Vigneron, ancien du 124e régiment d’infanterie.)

Massiges est connue pour sa main, une colline dont le dessin forme comme des doigts immenses. Ici se trouvait la limite du front de Champagne, d’où d’âpres combats. Les Allemands n’en seront délogés qu’en 1918, après que les troupes françaises ont creusé une galerie sous la tranchée ennemie pour y loger des explosifs. Le trou laissé après l’opération, toujours visible aujourd’hui, laisse un curieux goût dans la bouche. Une association fait ici un travail remarquable d’archéologie de la Grande Guerre, remettant au jour les tranchées recouvertes au cours du XXe siècle de broussailles. Ces tranchées se visitent.


Dans ces étroits passages, déjà complètement glissants après une bruine de cinq minutes (oh, les longs hivers… !), on trouve des fragments de pelles, de bouteilles, et les photos des squelettes qui furent retrouvés durant les fouilles. Là encore, silence.

*

Dans mon petit carnet de départements, donc, j’essaierai de ne pas trop bondir droit dans ce cliché qu’offre pourtant généreusement la Marne : les vignes si proches de la bataille. Il y eut certes la Grande Guerre, mais aussi Napoléon, mais aussi Valmy ; soyons coquins et remontons jusqu’à la Renaissance, où les armées de Charles Quint et de François Ier combattirent entre Vitry et Châlons ! Je me demande si une seule parcelle de terre marnaise n’a pas eu sa part de sang, et, moi qui raffole tant des bulles, je sais déjà que dans mes ivresses futures glisseront sans doute quelques fantômes.

Avant de clore ce chapitre, je conseille à tous ceux qui désirent s’intéresser aux sites français emblématiques de 14-18 mais qui ne savent par où commencer dans la myriade de sources qui s’offre à eux de télécharger l’application Histoires 14-18, qui se présente sous la forme d’une enquête journalistique, et qui m’aura servi comme audioguide à divers endroits, dans les cimetières notamment.


Commentaires

  1. « Une petite joie : reprendre les comptes-rendus de voyage. Je n’ai, à vrai dire, jamais vraiment cessé d’en écrire, mais le récit que l’on fait pour son souvenir diffère tant de celui que l’on présente à un tiers… ! Dans le premier, on peut se permettre de jouer avec les sous-entendus, les évocations — l’un de mes jeux préférés, où l’on façonne sa propre constellation de renvois, de symboles, sorte d’univers parallèle et privé où l’on peut se permettre le luxe de choisir ou non des compagnons de route ; dans le second, il s’agit plus d’ouverture vers l’espace que dans le temps, de sentiments mis en forme de manière plus objective, ce que rend nécessaire le partage. »


    Alfred de Musset, Fantasio :

    Fantasio.
    Quelle admirable chose que les Mille et une Nuits ! Ô Spark ! mon cher Spark, si tu pouvais me transporter en Chine ! Si je pouvais seulement sortir de ma peau pendant une heure ou deux ! Si je pouvais être ce monsieur qui passe !

    Spark.
    Cela me paraît assez difficile.

    Fantasio.
    Ce monsieur qui passe est charmant ; regarde : quelle belle culotte de soie ! quelles belles fleurs rouges sur son gilet ! Ses breloques de montre battent sur sa panse, en opposition avec les basques de son habit qui voltigent sur ses mollets. Je suis sûr que cet homme-là a dans la tête un millier d’idées qui me sont absolument étrangères ; son essence lui est particulière. Hélas ! tout ce que les hommes se disent entre eux se ressemble ; les idées qu’ils échangent sont presque toujours les mêmes dans toutes leurs conversations ; mais, dans l’intérieur de toutes ces machines isolées, quels replis, quels compartiments secrets ! C’est tout un monde que chacun porte en lui ! un monde ignoré qui naît et qui meurt en silence ! Quelles solitudes que tous ces corps humains !


    — Le Nervalien

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  2. Marcel Proust, La Prisonnière :

    Chaque artiste semble ainsi comme le citoyen d’une patrie inconnue, oubliée de lui-même, différente de celle d’où viendra, appareillant pour la terre, un autre grand artiste. [...]
    Cette patrie perdue, les musiciens ne se la rappellent pas, mais chacun d'eux reste toujours inconsciemment accordé en un certain unisson avec elle ; il délire de joie quand il chante selon sa patrie, la trahit parfois par amour de la gloire, mais alors en cherchant la gloire il la fuit, et ce n’est qu’en la dédaignant qu’il la trouve quand il entonne, quel que soit le sujet qu’il traite, ce chant singulier dont la monotonie — car quel que soit le sujet traité, il reste identique à soi-même — prouve la fixité des éléments composants de son âme. Mais alors, n’est-ce pas que, de ces éléments, tout le résidu réel que nous sommes obligés de garder pour nous-mêmes, que la causerie ne peut transmettre même de l’ami à l’ami, du maître au disciple, de l’amant à la maîtresse, cet ineffable qui différencie qualitativement ce que chacun a senti et qu’il est obligé de laisser au seuil des phrases où il ne peut communiquer avec autrui qu’en se limitant à des points extérieurs communs à tous et sans intérêt, l’art, l’art d’un Vinteuil comme celui d’un Elstir, le fait apparaître, extériorisant dans les couleurs du spectre la composition intime de ces mondes que nous appelons les individus, et que sans l’art nous ne connaîtrions jamais ? Des ailes, un autre appareil respiratoire, et qui nous permissent de traverser l’immensité, ne nous serviraient à rien, car, si nous allions dans Mars et dans Vénus en gardant les mêmes sens, ils revêtiraient du même aspect que les choses de la Terre tout ce que nous pourrions voir. Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux, de voir l’univers avec les yeux d’un autre, de cent autres, de voir les cent univers que chacun d’eux voit, que chacun d’eux est ; et cela, nous le pouvons avec un Elstir, avec un Vinteuil ; avec leurs pareils, nous volons vraiment d’étoiles en étoiles.


    — Le Nervalien

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  3. Marcel Proust, Le Temps retrouvé :

    Certains esprits qui aiment le mystère veulent croire que les objets conservent quelque chose des yeux qui les regardèrent, que les monuments et les tableaux ne nous apparaissent que sous le voile sensible que leur ont tissé l'amour et la contemplation de tant d'adorateurs pendant des siècles. Cette chimère deviendrait vraie s'ils la transposaient dans le domaine de la seule réalité pour chacun, dans le domaine de sa propre sensibilité.

    Oui, en ce sens-là, en ce sens-là seulement ; mais il est bien plus grand, une chose que nous avons regardée autrefois, si nous la revoyons, nous rapporte, avec le regard que nous y avons posé, toutes les images qui le remplissaient alors. C'est que les choses — un livre sous sa couverture rouge comme les autres — sitôt qu'elles sont perçues par nous, deviennent en nous quelque chose d'immatériel, de même nature que toutes nos préoccupations ou nos sensations de ce temps-là, et se mêlent indissolublement à elles. Tel nom lu dans un livre autrefois, contient entre ses syllabes le vent rapide et le soleil brillant qu'il faisait quand nous le lisions. Dans la moindre sensation apportée par le plus humble aliment, l'odeur du café au lait, nous retrouvons cette vague espérance d'un beau temps qui, si souvent, nous sourit, quand la journée était encore intacte et pleine, dans l'incertitude du ciel matinal ; une heure est un vase rempli de parfum, de sons, de moments, d'humeurs variées, de climats. De sorte que la littérature qui se contente de « décrire les choses », d'en donner seulement un misérable relevé de lignes et de surfaces, est celle qui, tout en s'appelant réaliste, est la plus éloignée de la réalité, celle qui nous appauvrit et nous attriste le plus, car elle coupe brusquement toute communication de notre moi présent avec le passé, dont les choses gardaient l'essence, et l'avenir, où elles nous incitent à le goûter de nouveau. C'est elle que l'art digne de ce nom doit exprimer, et, s'il y échoue, on peut encore tirer de son impuissance un enseignement (tandis qu'on n'en tire aucun des réussites du réalisme), à savoir que cette essence est en partie subjective et incommunicable.


    — Le Nervalien

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    1. Jacqueline Pigeot, à propos de la structure des Mémoires d'une éphémère :

      La mère de Michitsuna a donc non seulement porté une extrême attention aux sensations, mais observé cette réalité, à savoir que nous ne vivons pas pleinement les sensations au moment où elles se produisent, mais lorsqu'une deuxième expérience proche les fait ressurgir à la mémoire, processus qui rend présent, du même coup, le passage du temps. Ce rôle joué par la réminiscence fait penser, évidemment, à Proust. Enfin, chose non moins remarquable, l’autobiographe ne réorganise pas le récit en fonction du déroulement de l’histoire, d’une certaine chronologie ou d’une logique des actions qui les rendraient plus claires au lecteur. Elle a construit sa narration en respectant la succession des sensations et des remémorations que chacune d’elle a alors suscitées. C’est en cela, selon moi, qu’elle est un grand écrivain.

      (Ayant découvert Proust après les grands récits du Japon de l’an mille, je ne peux m’empêcher d’y associer les deux, à raison, apparemment. En vous lisant j’ai tout de suite pensé à ce commentaire de Pigeot, mais le temps m’a prise de court et je ne vous réponds que maintenant. Belle année, au passage.)

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