Farandole


Premier chapitre

Il est dit de la fée Mélusine qu’elle n’a qu’un défaut.: elle ne finit jamais son travail. Je ne suis pas une fée, mais je m’associe aisément à ce défaut — du moins, c’est ce que j’ai longtemps pensé. J’ai compris, par la suite, que j’avais beau avoir un rythme très irrégulier, je revenais toujours à mes écrits et que je n’avais pas forcément besoin de les coucher sur le papier pour qu’ils continuent de croître, jusqu’à parfois les sceller d’un divin point final. Il ne s’agit, finalement, que de temps.

Mais le temps est justement ce dont nous manquons le plus, pour nous autres membres de la classe moyenne. J’ai longtemps considéré le temps comme un ennemi, à force de courir derrière lui, avant de comprendre que le problème ne résidait pas dans le concept lui-même mais dans son application, et dans les attentes que nous y plaçons. L’on pourrait écrire plus de pages sur le temps que l’humanité ne comptera jamais d’individus, parce que nous serons toujours aux prises avec lui. Se libérer du temps, c’est accepter de mourir, symboliquement et matériellement, et oser s’approprier un pouvoir face au quotidien que peu de personnes parviennent à saisir. Se réclamer maître de son temps dans une société de servitude, c’est se placer en marge, toujours.

La conceptualisation du temps est, je crois, l’un de mes objets de réflexion favoris. Et c’est également, depuis cinq ans et sous des formes détournées, mon sujet d’écriture de prédilection. Tant de définitions se rassemblent sous le mot temps, du temps qui passe, relatif, au temps absolu, dont l’existence n’est peut-être qu’une chimère, en passant par la météo. 

Il y a cinq ans, donc, j’ai commencé à écrire ce qui devait n’être au début qu’une base d’expérimentation pour récit de voyage — une autre de mes lubies. Au fur et à mesure, cette base s’est enrichie d’autres thèmes, plus spécifiquement du temps vécu et du temps rêvé. Les mois passant, j’avais l’impression que je n’en verrais jamais le bout. Or ce sera je crois bientôt chose faite et c’est pourquoi je rédige ce billet aujourd’hui. J’ai toujours eu beaucoup de mal avec la communication, qui est par ailleurs un mot que je déteste, alors communiquer quelque chose que j’ai ourlé avec tant de rigueur m’est très difficile — je vais essayer tout de même, parce que j’ai très envie de mettre en avant comme elle le mérite l’autre plume qui m’accompagne dans la naissance de ce recueil (4 paragraphes plus tard, vous apprenez qu’il s’agit d’un recueil.: nous progressons), à savoir messalyn. Ce recueil a pour nom de code Les Stances.; je l’appellerai donc ainsi pour le moment. Les Stances sont nées des souvenirs d’un mois de juillet mémorable passé en 2015 sous le ciel de Provence. Comme je l’ai précisé plus haut, j’avais commencé par en faire un simple récit de promenades, récit qui a fini par s’élargir en un brouillon beaucoup plus vaste, trop vaste même parfois, autour du souvenir, du rêve, et de la marche du temps. Plusieurs ambiances sont évoquées au fil des chapitres, et l’une d’entre elle porte bien évidemment un parfum provençal, d’où le thème de ce billet. En miroir de mes pensées se tiendront celles de messalyn, dessinées, elles.

Herbier provençal, messalyn, 2015.


Par ici pour son portfolio.

Temps vécu, temps légendaire aussi (je n’ai pas usé du nom de Mélusine sans raison), temps saisonnier, et ainsi de suite. Ma pratique dilettante du haïku a également beaucoup orienté ce que Les Stances sont devenues au fil des années. Évidemment, mes inspirations sont multiples. Impossible de tout cerner en un billet, c’est pourquoi j’en rédigerai plusieurs. N’hésitez pas à me laisser en commentaires ce que vous aimeriez savoir de plus sur la genèse de ce recueil, tant que cela ne révèle pas trop le texte ou les illustrations finales, je ferai de mon mieux pour vous répondre.


*

Et pour terminer sur une note estivale, je vous laisse avec les images qu’Isaure Anska et moi avons faites, comme une ode à Mireille et au légendaire provençal.








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Et un peu de musique.?


Pour l’anecdote.: mes vêtements sur ces photos sont en fait un costume d’opéra pour la représentation de Mireille en 2009 à l’Opéra de Paris. Je porte cette jupe très souvent….! Et je la portais déjà en 2017 pour une séance photo autour du même thème.

Commentaires

  1. "Se réclamer maître de son temps dans une société de servitude, c’est se placer en marge, toujours." Je crois aussi que c'est la bonne recette. Le temps est effet ce qu'il y a de plus précieux. PS: Les photos sont magnifiques. Comment vous contacter pour une séance photo ? Ludovic

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